Je le sens là, tout près à la surface de la peau. Sensible et dur à la fois. Prêt à éclater. Une boule au creux de l’estomac, la salive qui passe moins bien lors de cet acte des millions de fois répété qu’est la déglutition. Revoir dans sa tête ses actions, entendre ses paroles. Regretter une décision, un peu… pas trop quand même. La putain de culpabilité qui tente de se frayer un chemin à travers ma sérénité. C’est la fatigue, je le sais bien. Une petite faille sur mon pylône interne. Une brèche à colmater avant qu’elle prenne de l’ampleur. Faire des choix, les assumer.
Drinnngggg
-Allo?
-Bonjour madame, je suis madame Unetelle de la fondation de l’hopital Ste-Justine. En novembre nous ferons une levée de fond sous forme de radiothon et nous cherchons des parents pour venir témoigner à la radio. Voudriez-vous être des nôtres et faire un témoignage?
-Euh… quelle date?
-bla bla bla
Perdue dans ma tête, j’analyse rapidement mon agenda. Trop de rendez-vous déjà. Je me sens prise, j’ai le tournis.
-J’suis désolée madame, ce sera impossible pour moi car j’ai déjà beaucoup de rendez-vous depuis la rentrée scolaire, dis-je en mordillant l’intérieur de mes joues et en faisant des arabesques avec mes doigts nerveux.
-Oh ça va Madame, au fait comment va votre fils qui avait eu un calin au Bonheur est à 4h?
-bla bla bla
Fermant la ligne téléphonique, je reste plantée là à regarder le téléphone. Déchirée entre l’envie de faire connaitre le syndrome à la terre entière… et le fait que je sois déjà si vidée avec mon train-train quotidien. J’avais pris une décision et je devais l’assumer. Voulant me convaincre d’avoir fait comme il le fallait, j’allai rejoindre M dans le garage, cherchant son approbation (n’avait pas besoin pourtant, j’suis assez grande pour décider moi-même hein!)
-Chéri, je viens d’avoir un appel…bla bla bla
-Tu as refusé? dit-il d’un air totalement estomacqué qui fit éclater instantannément mon furoncle.
-Bah oui pourquoi, je te déçois?
-Euh non c’est pas ça mais d’habitude, dès que ça a un rapport avec Ste-Justine ou les enfants, tu fonces dans le tas!
Suis partie à la pharmacie faire des courses avec la culpabilité qui me dégoulinait sur la figure. M avait appuyé de chaque côté du furoncle. Fallait donc finir de le vider. J’arrachai de petits lambeaux de peau de mes lèvres en attendant que le pharmacien se libère et vienne me conseiller. La culpabilité tombait lentement au sol, avec chaque petite pellicule de peau teintée de rouge à lèvres.
-Bonjour M’sieur, je cherche un sirop pour mon p’tit poulet qui tousse à s’en faire lever le coeur.
-bla bla bla, suggestion.
-Parfait, vous m’en suggérez un en particulier?
-Votre enfant ne prend pas d’anti-dépresseur?
Surprise de cette question qu’on ne me pose jamais pour mon gamin de 5 ans, je réponds par l’affirmative.
-Désolé madame, ce n’est pas compatible avec tous les sirops DM.
-Vous êtes sérieux? Mes trois enfants prennent du Celexa et c’est la première fois qu’on me dit cela!
Je suis repartie chez moi, piteuse, avec Godsmack dans les oreilles qui faisait avancer la voiture. Je me suis collée avec les marmots. J’ai dorloté mon p’tit malade. Minouché le dos de ma fille… et fais une méchante connerie pour laquelle je me suis trouvée tellement stupide.
J’ai coupé le bas de jeans de mon grand. Présumant qu’ils étaient de la même longueur qu’une autre paire que je lui avais acheté la même journée… j’ai coupé, à l’oeil… et trop court ses magnifiques jeans à 69.99$. Me suis trouvée tellement mais tellement stupide. Mon fils à mes côtés, secouant la tête et les bras avec ses tics qui se déchainaient sous ce stress subit.
-J’suis désolée Fredo, j’suis trop fatiguée ces temps-ci. Nous irons en acheter une nouvelle paire ce week-end ok?
-Mouais m’man, c’est pas gravé tsé.
Me couchant à ses côtés pour les massages pré-dodo, je lui mentionne que le vendredi je détacherai ses cheveux pour que les spécialistes le voient à son naturel. Parce que lui, tout nu, les cheveux détachés, il est de telle façon avec ces tics.
-Ben, tout nu… on s’entend que si tu étais vraiment tout nu devant un paquet de neurologue tu tiquerais une affaire épouvantable hein?
-Maman t’es folle!
Rire… Coup de tête (tic) directement sur mon nez faisant monter les larmes instantannément. J’ai pleuré, en riant et en éclaboussant mon fils qui disait que je lui crachais à la figure, arborant un large sourire.


Ah ma belle.
Parfois il faut savoir mettre les priorités, et tu y es parvenue.
La culpabilité ne sert à rien.
Tu sais, j’ai parlé du syndrome dans mon cours à l’université. J’arrive toujours à en parler, à chaque session. Tout doucement, pierre par pierre, nous démolissons le mur du silence. Avec ce blogue, et éventuellement ton projet de manuscrit, tu en fais déjà beaucoup.
Suggestion : Pour te déculpabiliser tu pourrais faire un don à la fondation de l’hopital Ste-Justine d’une paire de Jeans trop courte …
)
Circé : merci. Je sais bien raisonnablement que la culpabilité ne sert à rien. J’ai l’impression ces derniers temps que je faiblis un peu moralement. Je vais mettre ça sur le dos de l’automne tien!
MC : méchante bonne suggestion! Surtout qu’ils sont tout neuf!
Bonsoir ma chère Morenita,
Je suis une lectrice assidue sur ton blog. Je pense que la période que tu vis depuis plusieurs mois n’est pas de tout repos. Il est normal que la fatigue prenne le dessus. Je sais par contre que tu ne lächeras pas les bras car tu aimes beaucoup trop tes enfants. Tu essaies de prendre les meilleures décisions et ce n’est pas toujours facile. Je pense très souvent à vous et vous ëtes dans mes prières.
Si je peux me permettre un conseil, c’est d’essayer de vivre le mieux possible et une heure à la fois. Ce n’est pas toujours facile mais c’est possible. Hier, n’existe plus et demain n’est pas là.
Prends bien soin de toi et de tes trois petits amours mais surtout bon courage.
Mamicha
P.S.: On devrait lire …que tu ne laisseras pas tomber les bras…
Merci
hehe, tu es hot et ton fils aussi
Juste un p’tit coucou en passant. Je suis peu présente sur les blogues présentement, mais je pense à toi et te donne un gros câlin.
Bisous xxxxx
Bonjour,
C’est quand ce fameux radiothon, j’aimerais bien y participer car j’ai un enfant malade qui est suivi à Ste-Justine.