Il y a près d’un an déjà la médication pour l’anxiété était introduite pour mon plus jeune. Alors qu’il avait cessé de vivre comme un enfant. Alors qu’il n’était plus que l’ombre de lui-même tellement la phobie sociale était devenue importante. Il ne jouait plus, ne parlait plus, pleurait à chaque occasion où il devait se séparer de moi. Il ne parlait pas aux adultes et se cachait sous mes jupes dès que des visiteurs se pointaient à la maison.
Je suis allée relire mon billet de l’an dernier : Renaître
Et je réalise à quel point maintenant je savoure la vivacité de mon Gabriel. Il est né à 5 ans alors que 2mg de Celexa le réveillait à la vie. De liquéfié qu’il était, tentant de se faire invisible dans toutes les situations, il est devenu un être vivant se développant à une vitesse folle. Comme s’il avait à rattraper tous les bonheurs qui aurait pu lui échapper. Oh le mutisme sélectif fait encore partie de sa vie… il ne parle pas aux étrangers la plupart du temps et refuse de répondre en mots à la pédo-psychiatre mais… il soutient maintenant les regards et il arrive à dire à la serveuse au restaurant qu’il veut un jus de pommes.
Me croiriez-vous si je vous disais que ça aura pris 2 ans avant qu’il soit capable de dire “aurevoir” ou “bonne nuit” à M? Et même aujourd’hui, lorsqu’il le fait c’est avec un sourire gêné car il réalise lui-même à quel point il a évolué. Pour rien au monde je ne troquerais son hyperactivité pour son calme d’autrefois. Bien que ce soit parfois pénible qu’il bouge sans arrêt en regardant un film, qu’il me touche-colle-grimpe dessus comme une sangsue et que je me sente envahie, prête à suffoquer… je jouis de le voir si heureux maintenant.
Bien que parfois, couchée côte à côte avec lui dans son lit pour le rituel du dodo, il m’enlace de son petit bras, touche mes cheveux, mon visage, puis me serre de toutes ses petites forces de gamins et que dans ma tête je me vois le lancer au bout de mes bras, le souffle coupé par le sentiment de claustrophobie m’envahissant… voulant me dégager de cette étreinte qui m’étouffe.
Alors je me parle :
-Hey m’dame, c’est ton ti-pit de 6 ans qui t’aime vraiment très fort… t’as oublié? C’est pas sa faute s’il est le troisième à entrer autant dans ta bulle. C’est pas sa faute si tu te sens prisonnière ainsi. Lui fait pas mal, le rejette pas. Il est heureux m’dame, ressaisis-toi. Respire comme il faut, tu ne vas pas imploser. C’est qu’il t’aime le petit et qu’il arrive à l’exprimer aujourd’hui.
Suis allée prendre l’air avec ma gang hier. Voulant profiter de moment en famille et du soleil, voulant extirper mon plus vieux de ses jeux vidéos. Nous sommes partis marcher dans le centre-ville de notre petite ville. Entrant seulement dans les boutiques où les enfants étaient attirés. Chez le disquaire, j’ai même reçu le plus beau compliment qui soit…
-Ah m’dame, vous faites pas votre âge (!!). Je croyais que vous étiez avec votre p’tit frère!
Dit un vendeur à propos de mon Fredo de 13 ans tout frais, avec son 5′8 et ses 165lbs. Il n’en fallaitpas plus pour déclencher les mouvements de jambe de mon fils (tic) ainsi que sa toux et la révulsion des yeux. J’ai passé mon bras autour de ses épaules en lui faisant un immense sourire. Tenant mon rouquin par le capuchon afin d’éviter qu’il se sauve dans la rue ou n’entre dans n’importe quelle boutique, je prenais tout de même le temps de voir le sourire de ma fille qui admirait son look d’adolescente dans chaque vitrine lui envoyant son reflet.
Nous sommes passés par le marché voir les homards comme Gabriel aime tellement le faire. Acheter du cantaloup, des ananas, des amandes au chocolat et des raisins secs au yogourt. De retour à l’extérieur, j’ai cherché du coin de l’oeil un endroit où s’asseoir. Voyant de gros blocs de béton, nous y avons pris une pause pour déguster une partie de nos achats. Ma fille dit :
- M’man, penses-tu qu’on a l’air pauvre assis ici? Le monde vas-tu penser qu’on est des robineux?
- Valérie, sais-tu quoi? J’m'en fous. L’important dans la vie, c’est qu’on soit bien… nous.