Un rêve étrange m’a réveillé la nuit dernière. J’avais les cheveux blonds, très blonds. Dans un coin, mon ex riait en me pointant du doigt. Je me suis réveillée en sursaut, le souffle court. De la main j’ai tâté sous les couvertures pour toucher le corps qui était à mes côtés. Je l’ai reconnu immédiatement, mes doigts comme un oeil de chat dans la pénombre… c’était M.
Les souvenirs s’étaient réveillés en même temps que moi. Tout déboulait alors comme les rochers au bord d’une falaise. Aucun panneau avertissant contre les dangers d’éboulement. Je revoyais mon ex le visage rouge, des fusils dans les yeux me disant que je choisissais mes plus beaux strings quand je sortais. Me reprochant de mettre mon vieux string bleu le mercredi et de ne pas être sexy en pyjama le soir. Pendant un certain temps, j’ai tenté de me justifier. Déclarant avec conviction que je ne choisissais pas mes sous-vêtements mais que je plongeais plutôt la main dans le tiroir et les prenais au hasard. Il ne m’a jamais cru car régulièrement, ça revenait sur le tapis.
Un jour en arrivant du boulot avec des sacs d’épicerie à la main, j’allai retrouver mon ex dans le garage avec ti-prout roux qui avait alors 2 ans. Lorsque je vis son regard, je me sentis devenir toute molle. L’instant d’un éclair, ma journée défila devant mes yeux… analysant mes faits et gestes, je cherchais en vain ce que j’avais bien pu faire de travers.
-Je t’ai vu, dit-il d’un ton rageur contenu.
-Tu m’as vu quoi?
-J’t'ai vu osti.
D’un coup, je me sentis coupable. Persuadée que j’avais fait quelque chose de terrible, je me creusais les méninges pour trouver de quoi il en retournait. Rien à faire, je ne voyais rien. Plus je cherchais, plus je me sentais coupable. J’aurais voulu lui dire qu’il avait raison et m’excuser, ça aurait été tellement plus facile.
-J’t'ai vu à la sortie d’autoroute *** pis ton collègue de travail était trois chars en avant de toi. Je passais sur le viaduc et je vous ai vu.
-Euh… j’allais faire l’épicerie pour prendre de l’avance pour le week-end, dis-je en montrant les sacs que j’avais encore dans les mains.
-J’t'ai vu osti. Tu sors jamais à cette sortie là. T’as changé tes projets quand tu m’as vu hein?
-Pantoute, je ne t’ai jamais vu passer.
-Eille j’t'ai vu. T’auras beau dire n’importe quoi, tu sors jamais à c’te sortie là.
Le coeur battant la chamade, je l’ai traité de fou et je suis rentrée dans la maison en tremblant. Sur un coup de tête, j’ai téléphoné à mon collègue de travail pour lui demander c’était quoi l’idée de prendre la même route que moi après le boulot. Il n’était pas là. Réalisant ce que je venais de faire, je tremblai encore davantage. Ah merde… et s’il avait l’afficheur? Et s’il téléphonait plus tard? Mon Dieu s’il vous plait, faites qu’il ne rappelle pas… faites qu’il ne rappelle pas. Comme je n’avais pas moi-même l’afficheur, chaque fois que le téléphone sonnait mon coeur cessait de battre. Et à 20h, il téléphona…
-Salut, tu m’as appellé?
-Oui, dis-je d’une voix chevrotante presque étranglée.
-Qu’est-ce que tu voulais?
J’avais honte. J’éprouvais une gêne immense, n’osant pas raconter la raison de mon appel… mais je le fis tout de même.
-C’t'un criss de malade ton chum. La route appartient à tout le monde pis j’ai le droit de passer où je veux. Hey yé malade rare lui. Tu lui diras que j’étais allé à la SAQ chercher du vin pour aller voir ma blonde ensuite pis que c’est pas de ces câlisse d’affaires.
Je tremblais encore plus en raccrochant le combiné. Bien que je me sois enfermée dans une chambre pour parler avec lui, j’étais persuadée que mon ex savait qu’il avait téléphoné… qu’il avait peut-être même écouté la conversation avec un autre téléphone alors je me devais de lui en parler. J’étais totalement paranoiaque. Ce n’est qu’un petit exemple d’épisode que je vivais régulièrement. Je me sentais sombrer, je coulais à pic alors que mes enfants commençaient à avoir de plus en plus besoin de moi dû à leur maladie. Je passais une partie de la nuit à analyser mes journées, cherchant s’il y avait quoique ce soit qui puisse déclancher une crise. Lorsqu’il me touchait, je faisais semblant de dormir profondément en souhaitant qu’il abandonne. Il n’abandonnait pas, j’étais sa chose, sa possession dont il pouvait se servir quand l’envie lui prenait.
Tic… tac… tic… tac Le balancier battait la cadence. Ma vie… ou la sienne… ma vie… ou la sienne. Mon ex a toujours rêvé que je me fasse teindre en blonde et comme je n’arrivais pas à le convaincre que je préférais les cheveux foncés, je faisais un compromis en étant rousse. Jusqu’au jour où un changement s’amorça doucement en moi, je commençais à me choisir moi. Je passai donc au brun pâle. Plus je me remettais debout intérieurement car je voulais que ma vie change, plus ça dégénérait avec mon chum (ex). Un soir de chicane, il sortit dehors avec un long couteau de cuisine que je lui arrachai de peine et de misère alors qu’il embarquait dans la voiture. Il parti en faisant crisser les pneus et me téléphona vers 23h pour me dire qu’il était à Québec. À deux heures de route de la maison. Au lieu de sauter sur l’occasion et faire le premier pas vers ma libération, je le suppliai de revenir.
Tic… tac… tic… tac… Mon choix commençait à se préciser. La première fois que je lui fis part de mon désir de me séparer, je le retrouvai quelques heures plus tard dans le sous-sol, une corde à la main. Lorsque je lui arrachai des mains, je vis le noeud coulant. J’étouffais, c’était autour de mon cou que l’étau se resserrait. Ce n’est que plusieurs mois plus tard, à mesure que la couleur de mes cheveux se rapprochait du noir, que je me sentais revivre. Je redevenais moi-même tranquillement et ça l’effrayait. J’ai eu besoin d’aide aussi, je n’ai pas tout fait toute seule. Un coup de téléphone d’une cabine téléphonique à une maison d’hébergement pour femme victime de violence (psychologique ici) changea ma vie.
Mes cheveux blonds la nuit dernière fut comme un sceau d’eau glacée en plein visage. J’suis si heureuse que tout cela soit derrière moi. J’suis si heureuse d’avoir développé autant de force morale. Je crois qu’une petite joie aujourd’hui surclasse dix souffrances. Je crois maintenant que plus rien ne pourrait me faire courber comme un arbre seul dans un champ, courbant au gré du vent. J’suis enracinée maintenant, solidement.
Petite lecture sur la violence ici.